L’âme d’une maison bretonne

Restaurée avec soin en 2008 par Christine Bernard, la première propriétaire du gite,
nous restituons ici ce qui l’a guidée dans son travail et selon ses propres mots:

…..à tous les passionnés de penn-ti breton et autres amoureux de vieilles maisons bretonnes souhaitant les restaurer en respectant leur histoire.

« Lire une maison » qu’elle soit modeste ou prestigieuse, en pierre ou en terre,
est tout simplement indispensable pour compléter ou expliciter ce qui charme
le regard et l’esprit, tant il est impossible d’aimer sans savoir.
Fons de Kort – Tiez Breiz
Livre: « Les maisons de Bretagne » aux Editions Eyrolles…
dont je m’inspire principalement dans cette page

Le linteau de la porte d’entrée

linteau maison bretonne
En plus de célébrer la date de construction de la maison, la famille veut se mettre d’office sous la protection la plus haute. La présence d’un calvaire est là pour implorer la protection divine. Les deux étoiles quant à elles protègent les marins. La couleur « sang de boeuf » qui souligne l’inscription est typique de cette époque… On en badigeonnait même les meubles.

La forme de la maison

forme maison bretonne penn ti
Le schéma de base est d’une extrême simplicité, du type bloc-à-terre rectangulaire. Dans la zone côtière, où le vent est plus marqué, la maison se tasse sur elle- même en faisant corps avec le sol. Si elle n’est pas très originale, il s’en dégage pourtant une impression de simplicité, de solidité, et d’austérité, avec des détails décoratifs uniques à l’art breton. La construction des maisons rurales repose toujours sur les matériaux du lieu: les schistes et le granite sont ici abondants partout.L’homme sans terre, le journalier aura une habitation simple sans annexe, ni  extension à vocation    agricole.

La cheminée bretonne

cheminée maison bretonne
Autrefois pièce maîtresse de l’habitation, la cheminée construite sur un modèle unique était l’objet de beaucoup de soin dans sa réalisation. Non seulement la vie à l’intérieur tournait autour de l’âtre (cuisine, chaleur, lumière) mais la cheminée, à peu près au milieu du mur pignon, jouait aussi le rôle de structure porteuse. Ici, la sole de la cheminée est si belle et sculptée, elle contraste si fortement  avec les corbelets gauchis et le frustre linteau en bois que je ne peux m’empêcher de penser qu’il pourrait s’agir encore une fois de matériaux de récupération certainement les bienvenus dans une pauvre maison paysanne.

Sous le seuil

seuil entrée maison bretonne
Il existe aussi une symbolique très discrète :  A la construction du seuil , on enfouit sous celui-ci une belle grosse pierre de Quartz à la blancheur immaculée. Cette pierre porte-bonheur assure à chaque franchissement du seuil une purification symbolique !

La porte fermière

porte fermière maison bretonne
En plus de sa fonction de passage, la porte doit être vue comme une introduction à la demeure et sa mise en oeuvre perçue comme un code . Ici, la porte fermière indique clairement aux animaux qu’ils ne sont pas autorisés à pénétrer dans la maison.

La lucarne du haut

lucarne granite maison bretonne
Regardez-bien l’appareillage de pierres de granite constituant cette ancienne lucarne …..Il s’agit d’un ancien linteau de porte récupéré, coupé en deux puis retaillé grossièrement pour faire illusion. Il y a de fortes chances pour que quelques restes d’inscriptions soient restées cachées car tournées vers l’intérieur du mur. Il faudrait alors, pour les voir, tout démonter . En tous cas, chez les anciens : pas de gaspillage, vive la récup !

Le linteau en bois de la cheminée

linteau cheminée maison bretonne

Ce type de linteau en bois prouve qu’il est très ancien et sans doute récupéré (sûrement fin 18e siècle). Les linteaux en  pierre sont plus tardifs.
Le surnaturel est partout en Bretagne ! Si on farcit le linteau de la cheminée de médailles de Saints c’est pour s’assurer de leur bienveillance , pour protéger la maison contre un feu de cheminée ou un incendie .

Le sabot troué dans la cheminée

( ar voatez toul )

sabot troué cheminée bretonne
Autrefois, il était d’usage de passer les longues soirées ( « filaj » ) une fois chez l’un, une fois chez l’autre .On se racontait au cours de ces longues veillées devant la cheminée les derniers potins locaux ou si quelqu’un savait lire  la vie des Saints….. tout en travaillant bien sur ( ravaudage, filage, vannerie, petits travaux divers…). Quand chacun devait regagner sa froide chaumière , on lui donnait toujours quelque braise bien vive qu’il emportait au creux d’un vieux sabot ce qui lui permettait de raviver en peu de temps son propre  foyer . Le sabot se trouait rapidement, mais il servait toujours !

Toute la cuisine se faisait dans la cheminée

cuisine cheminée bretonne
On voit sur la photo prise au gîte l’épaisse plaque à crêpes en fer ( bilig) qui, posée sur le trépied ( trebez ) permettait avec la spanell ( couteau en bois pour retourner la crêpe) et la rozell (petit racleau de bois pour étaler la pate d’un mouvement tournant ) de faire le repas esssentiel breton ( en dehors de la bouillie d’avoine ) . La femme devait mener son feu vif de petit bois sec sous le trépied…ni trop, ni trop peu …et retourner à temps ….tout un art !  On aperçoit aussi en haut la poële à chataîgnes pour les veillées d’automne

La serrure du placard

(armel-voger)

serrure maison bretonne
N’ai-je pas eu raison de m’entêter jusque dans les moindres détails ? Il s’agit d’une ancienne serrure à loquet du 18 ème chinée et adaptée. Faisons donc notre ce qu’écrivait J F Blondel en 1737  dans son ouvrage « de la distribution des maisons de plaisance » : « Quelquefois, on néglige de faire faire exprès ces ferrures, pour la facilité d’en trouver dans les magasins des marchands, mais on ne doit point avoir recours à un pareil expédient. Il est beaucoup mieux d’en faire des modèles appropriés et relatifs au lieu où on les met en usage »